La souveraineté énergétique à l’épreuve des faits
À la veille de la publication de la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE), le Réseau Action Climat publie un rapport qui étudie la réalité des dépendances énergétiques et dessine le modèle d'une vraie “souveraineté énergétique”.

La maîtrise des flux énergétiques se révèle être une puissante arme géopolitique. Les récentes crises internationales en sont un rappel douloureux, de l’invasion de l’Ukraine par la Russie à l’enlèvement de Nicolas Maduro par les Etats-Unis, en passant par les menaces de Donald Trump envers l’Europe sur la signature d’un accord d’achat de 750 milliards d’euros d’hydrocarbures.
Dans ce contexte incertain, le concept de souveraineté énergétique remplace peu à peu celui de transition énergétique dans les discours sur l’énergie. Il nomme les ministères, oriente les rapports parlementaires et les débats publics. Mais que désigne-t-il au juste ?
La souveraineté énergétique selon le Réseau Action Climat
La souveraineté énergétique est la capacité à mettre en œuvre les choix permettant l’accès à l’énergie pour tous, et répondant aux objectifs de politique énergétique.
Dans une perspective de transition écologique juste, la recherche de la souveraineté énergétique implique:
- D’œuvrer au respect des limites planétaires.
- De réduire les vulnérabilités internes et externes du système énergétique, et de minimiser les dépendances à des matières sur lesquelles l’on n’a pas de maîtrise.
- De permettre un contrôle démocratique des choix relatifs au système énergétique, et la mise en œuvre d’une vision à long terme guidant les évolutions du système énergétique.
- De penser la souveraineté de tous les peuple.
- De permettre un accès à l’énergie propre et abordable pour tous.
Énergies fossiles : le talon d’Achille de notre souveraineté énergétique
L’Union européenne dépend à 75% de pétrole produit hors du continent, et à 55% pour le gaz (en comptant Norvège et Royaume Uni). La France, elle, ne produit presque pas de gaz ou de pétrole. Presque 60% de l’énergie utilisée en France étant encore d’origine fossile, les variations du cours du pétrole et les risques liés à l’approvisionnement en gaz sont des problèmes majeurs.
Par ailleurs, en France, les importations de gaz et de pétrole ont représenté presque 2 fois le montant du déficit commercial sur les biens et services en 2022 et 2023. Éliminer rapidement ces énergies de nos systèmes énergétiques devrait être la priorité de toute politique visant la souveraineté énergétique.
Organiser la transition vers un système énergétique sobre et basé sur des ressources et de la production locales
Si tous les experts s’accordent à constater qu’une souveraineté intégrale ou autarcique est inenvisageable, nous montrons dans cette nouvelle publication que les moyens existent pour la renforcer.
La minimisation de nos consommations d’énergie, de biens et de matières est d’abord un levier majeur au service de la souveraineté énergétique. Un plan de sobriété de court terme ambitieux pourrait permettre l’économie de 20% des consommations de gaz en France, et à plus long terme, les potentiels sont encore plus élevés.
Par ailleurs, les énergies renouvelables rendent possible l’amélioration de la souveraineté énergétique :
- Elles sont par définition les seules qui se basent sur des ressources locales pour produire de l’énergie.
- Elles permettent de s’abstraire des flux constants d’importations qu’imposent le recours aux autres énergies, une éolienne ou un panneau solaire produisent pendant 20 ans ou plus une fois installés.
- Elles dépendent de chaînes de valeur industrielles que l’Europe maîtrise en partie. L’Europe est par exemple largement exportatrice d’éoliennes (2,3M€ en 2024), et la France d’éoliennes en mer (plus de 900 M€ en 2023).
Mais surtout, une souveraineté énergétique européenne robuste doit œuvrer à la souveraineté des pays du Sud. Alors que la construction de notre système énergétique s’est faite aux dépens de celle d’autres territoires, la perspective d’une transition énergétique juste et souveraine impose de construire dès aujourd’hui des partenariats équilibrés avec les pays du Sud.


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