Financements climat : 6 mois pour rectifier le tir

Aujourd’hui s’ouvre à Bruxelles une réunion ministérielle sur l’action climatique entre le Canada, la Chine et les pays de l’Union européenne. Aux côtés du Dialogue Talanoa et du manuel d’application de l’accord de Paris, la question des financements climat sera à l’ordre du jour.

6 mois avant la COP24 à Katowice, état des lieux des enjeux et des progrès nécessaires sur cette question.

À mi-parcours de l’année 2018, le Canada, la Chine et les pays de l’Union européenne ont l’occasion de discuter des éléments qui permettront de remettre la planète sur les rails d’un réchauffement à 1,5°C lors de la COP24 en Pologne. Ils devront notamment s’assurer qu’elle mènera à un engagement de relève des promesses climatiques des pays avant 2020. Ils devront aussi réaffirmer leur volonté d’achever l’élaboration d’un manuel d’application robuste pour l’accord de Paris, en passant à la vitesse supérieure dès la session de négociations de Bangkok prévue en septembre.

Sur ces deux fronts, la volonté politique semble claire. Et pourtant, les résultats de la COP24 sont toujours incertains. En réalité, ce que beaucoup ne veulent pas vraiment voir, c’est que la question des financements climatiques pourrait bien être la pièce manquante du puzzle. C’est un des sujets phares auquel les Ministres devront s’atteler pendant leurs deux journées de réunions, s’ils veulent réellement consolider l’accord de Paris, dès maintenant et sur le long terme.

Pour le climat : de vrais financements, de réelles actions

Alors que les 100 milliards de dollars par an promis pour le climat d’ici à 2020 ne sont toujours pas atteints et que les États-Unis n’honoreront pas la grande majorité de leurs promesses financières, les pays vulnérables ne perçoivent pas de manière claire les efforts supplémentaires que devraient entreprendre les pays riches. Cette situation a cristallisé les tensions lors des dernières négociations à Bonn, et risque de continuer à le faire si le statu quo persiste.

Pourtant, en matière de financements, la stratégie de l’autruche n’est pas payante. Au contraire, agir sans attendre en apportant des réponses honnêtes à la question du soutien financier est déterminant pour tenir les promesses de la COP21 et sauvegarder l’accord de Paris.

En effet, en relevant le défi des financements climat, les pays contribuent à créer un sentiment de confiance mutuelle entre les pays les plus riches, aux capacités importantes, et les pays pauvres, les plus vulnérables et les moins responsables des changements climatiques. Cette confiance facilite les progrès dans les négociations internationales sur le climat.

Ensuite et surtout, ces mêmes financements permettent aux pays vulnérables d’appliquer des politiques climatiques qui participent à l’effort global de réductions d’émissions de gaz à effet de serre et qui les aident à s’adapter aux impacts des changements climatiques. Les soutiens financiers donnent donc à ces pays les moyens de mettre en œuvre l’accord de Paris, y compris pour les parties dites “conditionnelles” de leurs promesses, voire même de revoir à la hausse leurs engagements. Ainsi, les financements climat peuvent débloquer le potentiel d’actions de l’ensemble des pays.

En fournissant de vrais financements, les pays donateurs permettent d’accélérer de réelles actions climatiques dans les pays vulnérables et aident à donner vie à un accord juste, durable et robuste sur le long terme.

En 2018, comment progresser ?

Avant la COP24, les pays devront ainsi progresser sur deux aspects clés :

– Tenir et amplifier les promesses existantes : les pays riches devront impérativement réaffirment leur engagement de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour le climat d’ici à 2020. Ils doivent montrer concrètement comment ils comptent augmenter leurs financements pour atteindre cet objectif, en particulier pour l’adaptation, qui reste trop peu financée (seulement 16% des financements climat internationaux). De même, le Fonds Vert pour le Climat, institution phare de la distribution des financements pour appliquer l’accord de Paris, appellera cette année les pays à faire de nouvelles promesses financières pour la période 2019-2022. Une occasion en or, pour prouver la bonne foi des pays donateur et proposer des contribution en hausse substantielle.

– Poser les bases de financements robustes dans le futur : l’accord de Paris ne sera pas pérenne si les financements climat ne sont pas comptés de manière transparente ni prévisibles. Cette année, les pays doivent graver dans le marbre des règles qui permettront de faire des financements climat un levier de l’action climatique pour les pays vulnérables, d’ici à 2020 et au-delà.

Pour atteindre ces objectifs, les pays doivent mettre les financements en haut de leur agenda politique. La réunion ministérielle entre le Canada, la Chine et l’Union européenne doit donner le ton, mais n’est qu’une première étape. D’ici à la COP24, les pays devront utiliser les multiples rendez-vous internationaux pour apporter une réponse crédible à la question des financements et soutenir une mise en œuvre complète de l’accord de Paris.

Que peut faire la France ?

En tant que pays donateur et gardienne de « l’esprit de Paris », la France est en mesure d’approfondir ses efforts en matière de financements en 2018. Elle devrait :
1. Proposer une contribution financière ambitieuse au Fonds Vert pour le climat. En 2015, la France avait contribué à hauteur de 1 milliards d’euros en 2015. Lors de la recapitalisation du fonds en 2018, elle devra viser bien plus haut et imiter son voisin allemand en proposant une contribution uniquement sous forme de don.
2. Renforcer la portée de ses financements innovants en allouant l’intégralité des recettes de la Taxe sur les transactions financières françaises à la solidarité et au climat. Cela représenterait 1,6 milliards d’euros chaque année et permettrait de contribuer à l’atteinte des objectifs de financements climatiques français. La France devrait également soutenir la mise en place d’une taxe sur les transactions financières européenne, qui pourrait quant à elle mobiliser 22 milliards d’euros par an.
3. Clarifier l’engagement de l’AFD de rendre ses activités 100% compatibles avec l’accord de Paris. L’Agence Française de Développement est la première banque bilatérale de développement à prendre un tel engagement … mais il restera lettre morte s’il n’est pas accompagné d’une définition précise de ses implications pour l’aide publique au développement française.
4. Donner de la prévisibilité à ses financements d’ici à 2020, en soumettant à la CCNUCC une feuille de route précise sur les montants alloués à l’adaptation aux changements climatiques à l’atténuation et à leurs sources.

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