COP26 : quels sont les enjeux du sommet de Glasgow pour le climat ?

Les pays du monde entier s’apprêtent à se réunir du 1er au 12 novembre à Glasgow pour la COP26. Tour d’horizon des principaux enjeux et des attentes de la société civile envers cette COP, l’une des dernières chances pour limiter le réchauffement à +1,5°.

Alors que le GIEC a souligné l’intensification des impacts du changement climatique, cette COP26 marque une étape clé dans l’application de l’Accord de Paris : les engagements de chaque pays signataires vont y être réévalués pour respecter un réchauffement maximum de +1,5°C. Un changement de cap nécessaire, notamment pour les pays les plus riches et les plus émetteurs.

KézaCOP ?

La COP, ou Conférence des parties, est un sommet annuel réunissant les 196 pays signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, premier texte à avoir reconnu l’existence de ces changements. Chaque année, Etats et membres de la société civile se réunissent à la COP pour suivre les engagements climat de chaque pays et s’accorder sur une ambition climatique globale.

Cette COP est particulière : 5 ans après la signature de l’Accord de Paris (à la COP21), l’heure est au bilan. Les Etats  signataires de cet accord devront notamment prouver, à travers des actes concrets, que l’objectif de limiter le réchauffement de la planète à +1,5°C est toujours vivant. Or, pour l’instant, l’insuffisance de leurs plans de réduction d’émissions nous met sur une trajectoire de +2,7°C à la fin du siècle.  

196
Etats sont signataires de l’Accord de Paris, qui les engage à prendre les mesures nécessaires pour limiter le réchauffement global à +1,5°C d’ici 2100.

Le Réseau Action Climat appelle les pays riches et développés, premiers responsables de la crise climatique, à réduire davantage et plus rapidement leurs émissions de gaz à effet de serre et à honorer leur promesse sur le financement de 100 milliards de dollars par an aux pays du Sud.

Payer la dette climatique aux pays du Sud

Les scientifiques du GIEC sont formels : les changements du climat s’accélèrent, et causent des événements météorologiques extrêmes (sécheresses, canicules, inondations…) à la fois plus forts et plus intenses. Les pays du Sud en sont les premières victimes et subissent les conséquences d’émissions de gaz à effet de serre dont ils ne sont en majorité pas responsables.

En 2009, les pays développés membres du G7 avaient promis 100 milliards de dollars par an aux pays du Sud pour les aider à s’adapter aux impacts du changement climatique et entamer leur transition écologique. Cette promesse n’a toujours pas été tenue : 20 milliards de dollars manquaient toujours à l’appel en 2019 selon l’OCDE. Pourtant, les besoins augmentent drastiquement d’année en année : les besoins dans les pays du Sud pourraient atteindre 300 milliards de dollars par an en 2030 pour mieux s’adapter selon les estimations du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Les pays riches et développés doivent donc impérativement rectifier le tir et collectivement augmenter leurs financement climat pour atteindre les 100 milliards promis. 

L’adaptation au changement climatique, de quoi parle-t-on?

Face aux impacts des changements du climat, il faut répondre à deux enjeux ; s’adapter aux conséquences qui impactent la vie de milliers de personnes aujourd’hui, et réduire nos émissions pour limiter le réchauffement et ses impacts à l’avenir. Il peut s’agir de construire des dunes pour freiner la montée des eaux, ou développer des systèmes d’alerte précoce pour la sécurité alimentaire. Malheureusement, tous les Etats ne disposent pas des mêmes moyens pour s’adapter: plus un pays est riche, plus il aura les moyens financiers et technologiques pour l’adaptation, alors que les pays du Sud sont souvent démunis face aux impacts, ce qui aggrave leur vulnérabilité.

Les pays développés doivent également reconnaître l’importance de répondre aux pertes et dommages, qui surviennent généralement à la suite d’une catastrophe climatique (cyclones, inondations) ou sont le résultat d’événements à occurrence lente (montée des eaux). Les pays du Sud n’ont pas les capacités financières et techniques de répondre aux pertes et dommages et les pays du Nord, qui en sont les premiers responsables, doivent faire preuve de solidarité en délivrant un financement spécifique et additionnel aux pertes et dommages. Il s’agit de justice climatique.

Faire entendre la voix des pays du sud, essentiel pour des négocations équilibrées

Le CAN-international a lancé l’alerte en septembre dernier, en demandant le report de la COP26 : les conditions pour garantir l’inclusion et la participation des observateurs des pays du Sud ne sont pas réunies pour organiser l’événement en présentiel. Le risque de créer un cluster géant, les incertitudes sur les conditions d’accès au Royaume-Uni (avec une quarantaine obligatoire pour les pays classés sur liste rouge) et les obstacles logistiques (coûts des logements à Glasgow) sont au cœur des préoccupations de la société civile. La situation résulte directement de l’inégal accès au vaccin entre populations des pays du Sud et populations des pays du Nord, et il est fort à parier que la représentation ne sera ni équitable ni égale entre pays du Nord, et pays du Sud,. Comment parler de justice climatique dans de telles conditions ?

La société civile fait monter la pression sur les dirigeants

Lancé en 2018 au moment de la grève initiée par Greta Thunberg en Suède, de nombreux collectifs lycéens et étudiants pour le climat (“Fridays for Future”) se sont structurés à travers le monde pour demander à leur dirigeants de réduire davantage les émissions de gaz à effet de serre et mieux protéger la nature. En plus des actions de grèves et de désobéissance civiles, ces mobilisations ont soutenu l’émergence le dépôt de plaintes adressées aux Etats Européens pour inaction climatique : la Cour constitutionnelle allemande a ainsi jugé que la politique climatique du gouvernement d’Angela Merkel «violait les droits des générations futures », tandis que l’Affaire du Siècle a permis d’exiger de l’Etat de “réparer les conséquences de sa carence en matière de lutte contre le changement climatique”

Pour la France, faire plus, plus vite

En tant que pays riche et développé, la France doit prendre ses responsabilités et se montrer exemplaire, tant sur les plans national, européen, qu’international. Elle doit aligner les actes avec ses discours et adopter un objectif de réduction d’émissions domestique respectant  une trajectoire de 1,5°C, en engageant de réelles réformes sectorielles dans l’industrie, le bâtiment, l’agriculture et les transports. 

Alors que la France va prendre la Présidence tournante du Conseil de l’Union européenne , elle doit se montrer ambitieuse pour la mise en oeuvre du Green Deal et accélérer la transition écologique dans tous les secteurs. 

Enfin, sur le plan international, elle doit impérativement augmenter ses financements climat à destination des pays du Sud pour atteindre 8 milliards d’euros par an et stopper immédiatement tout soutien aux énergies fossiles.

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