COP25, épisode 3 : les droits humains et les marchés carbone

3 questions à... Marcela Mella, Porte-parole de l’association No a Alto Maipo au Chili.

Pourquoi participez-vous à la COP25 ?

L’objectif de ma venue à la COP25 de Madrid, car cela n’a pas pu être fait à Santiago, est de mettre en avant l’accord qui a été passé sur le projet de centrale hydroélectrique Alto Maipo, qui rentre actuellement dans le cadre du Mécanisme de Développement Propre (MDP). Ce projet est situé dans le bassin du Río Maipo et est en cours de construction ; il faut savoir que ce bassin fournit 90 % de l’eau dans la capitale du Chili et que ce projet met en danger le droit humain de l’accès à l’eau dans la capitale du Chili.

Quel est le principal problème que vous souhaitez résoudre ?

La coordination Citoyenne No Alto Maipo considère que l’État chilien et la société américaine AES GENER sont responsables de la situation et de la mise en danger du droit humain d’accès à l’eau, en raison du projet Alto Maipo. Le gouvernement chilien a été dirigé ces dernières années par deux coalitions différentes, mais ces deux coalitions n’ont pas entendu la voix des citoyens et ont soutenu le projet.

Comment faire changer les choses ?

Nous n’avons pas beaucoup d’attentes quant à ce qui peut être décidé à la COP25 à propos de ce projet en particulier. Mais ce que nous voulons, c’est apporter notre témoignage dans les négociations sur l’article 6. Nous pensons que de tels projets de centrales hydroélectriques ne peuvent plus être considérés dans le cadre des Mécanismes de Développement Propre (MDP) et que l’article 6, négocié à la COP25, doit impérativement inclure les droits humains, pour défendre les communautés et les territoires.

Préserver la robustesse de l’Accord de Paris en achevant la définition de ses règles de fonctionnement pour les marchés carbone

En 2018, à la COP24, les pays ont adopté le manuel d’application de l’Accord de Paris (le “rulebook”). Cependant, un élément majeur n’avait pas abouti à un accord : les règles concernant les marchés carbone. Des marchés carbone existaient déjà dans le cadre du Protocole de Kyoto (par exemple le mécanisme de développement propre). Problème : ils ont plus brillé par leurs défaillances que par leur efficacité.

À la COP25, la définition de nouvelles règles pour les marchés carbone est un enjeu majeur : mal définies, elles créeraient une brèche irréparable dans l’Accord de Paris et mettrait en péril l’atteinte de ses objectifs. Les pays devront donc être intransigeant sur la qualité des règles à adopter. Même en présence d’opposants de taille comme le Brésil, l’ambition de l’Accord de Paris et le respect des droits humains ne sont pas négociables.

Ainsi, des principes clés devront être définis. D’abord, les nouveaux marchés carbone devront exclure des échanges les réductions d’émissions effectuées avant 2020 et encore échangeables dans les marchés du Protocole de Kyoto. Elles représentent 4 milliards de tonnes de CO2, soit presque autant que les émissions totales de l’Union européenne en 2016. Injecter ces réductions d’émissions dans l’Accord de Paris reviendrait à l’inonder de produits périmés, défectueux, voire toxiques. Ensuite, le nouveau marché devra protéger les droits humains et les écosystèmes en incluant des garde-fous stricts et en créant une instance indépendante pour déposer des plaintes, en cas de problème. Dans le passé, trop de projets ont porté atteintes aux populations locales et à la biodiversité (voir encadré ci-dessous). Enfin, il faudra interdire aux pays de compter les réductions d’émissions échangées plusieurs fois et s’assurer que les marchés créés permettent une véritable réduction des émissions : la crise climatique ne peut pas se contenter de trucages comptables, ni de jeux à somme nulle en déplaçant les efforts d’un pays à l’autre.

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