COP25, épisode 2 : les pertes et dommages

3 questions à... Vitumbiko Chinoko, Regional Advocacy Lead pour l’ONG Care au Malawi.

Pourquoi participez-vous à la COP25 ?

Je suis venu à la COP pour témoigner des impacts réels du dérèglement climatique, que nous vivons dans mon pays et dans ma famille. Dans la région d’où je viens, nous vivons de nombreuses sécheresses et des inondations fréquentes, qui ont conduit à une baisse de la production alimentaire. La population n’a presque plus de moyen de subsistance ; la production alimentaire ne couvre plus que trois des douze mois de l’année, à cause du dérèglement climatique.

Quel est le principal problème que vous souhaitez résoudre ?

On sait que le dérèglement climatique est une conséquence de l’industrialisation. Ce sont donc les pays développés qui en sont responsables, notamment les pays de l’Union européenne et les États-Unis. Les pays émergents ont aussi leur part de responsabilité. Nous sommes donc ici pour leur délivrer ce message : les pays en développement font de leur mieux, mais pouvez-vous nous apporter votre aide pour résoudre ce problème, que vous avez vous-même causé ?

Comment faire changer les choses ?

Nous devons nous adapter et nous avons besoin d’argent pour continuer à résister aux impacts du dérèglement climatique. C’est un problème global. C’est pour cela que nous demandons deux choses aux pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre : pouvez-vous nous soutenir pour que l’on s’adapte aux impacts du dérèglement climatique ? Mais aussi, pouvez-vous arrêter de faire ce que vous faites, et vous engager dans une transition vers un monde moins carboné, car c’est le seul moyen d’assurer la survie de la planète.

Fournir une réponse sérieuse aux populations affectées de manière irréversible par le dérèglement climatique

L’année 2019 a été marquée par son lot de catastrophes naturelles, comme les cyclones Kenneth et Idai en Afrique Australe, qui a fait plus de 1000 victimes. Les pays en développement, qui font face aux évènements climatiques extrêmes ou sont victimes de dérèglements plus lents comme les déplacements, attendent que la spécificité de leur situation soit enfin reconnue. En particulier, des soutiens financiers bien plus importants sont nécessaires pour faire face aux pertes et dommages, ces conséquences qui n’ont pas pu être évitées et auxquelles les populations ne peuvent pas s’adapter. D’ici à 2022, les financements pour faire face aux pertes et dommages devraient ainsi atteindre au moins 50 milliards de dollars, en plus des financements déjà alloués pour l’adaptation et pour réduire les émissions.

La COP25 est l’occasion de progresser sur ce plan, car les activités du mécanisme dédié aux pertes et dommages (le mécanisme de Varsovie) doivent être réactualisées. Concrètement, il existe déjà des options pour mobiliser les ressources financières nécessaires sans peser sur les budgets nationaux. Par exemple, en créant des financements dits “innovants” : une taxe sur sur les émissions des transports aérien et maritime, une taxe sur les transactions financières ou sur l’extraction des énergies fossiles. Les pays pourraient aussi envisager de geler le paiement de la dette des pays du Sud dès lors qu’ils sont touchés par une catastrophe climatique. Cela permettrait aux gouvernements de ces pays de libérer rapidement des fonds pour soutenir les efforts de réponse humanitaire et de reconstruction.

Malheureusement, la volonté politique manque aujourd’hui. Les pays développés, y-compris de l’Union européenne et la France, sont pourtant les plus responsables des coûts subis par les pays du Sud. Ils doivent donc reconnaître leurs besoins croissants et accepter de créer un dialogue constructif et continu pour soutenir au mieux les populations affectées, dès la COP25.

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