COP24 : les pays face à leurs responsabilités

La COP24 a débuté hier à Katowice, en Pologne. Les 196 pays présents ont 15 jours pour répondre aux derniers enseignements de la science et rendre l’application de l’accord de Paris crédible.

(c) UNclimatechange
(c) UNclimatechange

Un contexte peu favorable, un test pour la coopération internationale sur le climat

La COP24 qui a démarré hier, se déroule dans un contexte international particulier.

D’un point de vue géopolitique d’abord, l’équilibre mondial reste bouleversé. De nouveaux pays, en plus des États-Unis, ont décidé de tourner le dos à l’action climatique : le Brésil, par exemple qui après l’élection du candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro a renoncé à organiser a COP25, ou encore l’Australie, qui a reculé sur l’intégration d’objectifs climatiques ambitieux dans sa législation nationale.
D’un point de vue scientifique ensuite, le dérèglement climatique n’a jamais été aussi visible, ni aussi bien documenté. Alors que les impacts ne cessent de se multiplier, la concentration de CO2 dans l’atmosphère a dépassé un nouveau seuil en 2017, en atteignant 405,5 ppm. Les conclusions du rapport du GIEC sur la limitation du réchauffement global à 1,5°C sont également sans appel. Il reste au mieux une décennie pour accélérer drastiquement les efforts climatiques. Et pour cela, la date charnière est 2020 : c’est à cette échéance politique que les pays devront adopter des objectifs climatiques plus ambitieux (au moins 5 fois plus, selon le PNUE) qui leur permettront de rectifier le tir.

En réalité, les pays présents à la COP24 sont face à leurs responsabilités : devant des signaux climatiques toujours dans le rouge et alors que la plupart des pays peinent à atteindre leurs objectifs, ils doivent répondre à la double incohérence dans laquelle se trouve la trajectoire climatique mondiale : une incohérence entre les objectifs de l’accord de Paris et les engagements des pays, mais aussi une incohérence entre ces mêmes engagements, et les actions adoptées pour les atteindre.

COP24 : les États face à leurs responsabilités

La #COP24 se tiendra du 2 au 14 décembre prochain en Pologne. Quels en sont les enjeux et qu'attendre de la France ?Notre dossier : https://reseauactionclimat.org/dossier-cop24/

Publiée par Réseau Action Climat sur Vendredi 30 novembre 2018

Trois piliers pour rendre l’accord de Paris crédible

L’enjeu majeur de la COP24 est de démontrer que les pays croient encore en la capacité de l’accord de Paris à guider leur action climatique collective, et qu’ils sont donc prêts  à lui donner les moyens de réaliser cet objectif. Pour cela, ils devront réaliser des progrès dans trois domaines.

Les pays devront d’abord achever le travail minutieux d’élaboration d’un manuel d’application pour l’accord de Paris. Ce sont les règles contenues dans ce manuel qui permettront de donner corps aux objectifs et grands principes adoptés à la COP21. Par exemple, elles obligeront les pays à comptabiliser leurs émissions de gaz à effet de serre avec des méthodologies fiables et comparables, à être redevables de leurs engagements climatiques ou encore à accélérer leurs efforts tous les cinq ans. Sans ces règles, l’accord de Paris ne peut pas être appliqué.

Pour compléter ce travail, les pays devront s’attacher à répondre au rapport du GIEC. La seule réponse à la hauteur, c’est une décision collective de s’engager (et expliquer comment) adopter de nouveaux objectifs climatiques avant 2020, et surtout de les appliquer. Des pays montrent déjà la voie : 48 pays plus vulnérables comme les Iles Fidji ou l’Ethiopie se sont d’ores et déjà engagés rehausser leurs objectifs de réductions d’émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020. Mais ce sont surtout les pays les plus émetteurs qui doivent se mobiliser, et notamment l’Union européenne, qui a les moyens et la responsabilité de se donner des objectifs bien plus ambitieux à 2030 et un horizon neutre en gaz à effets de serre avant 2050.

Enfin, pour donner à tous les pays les moyens d’accélérer leurs actions de lutte contre le dérèglement climatique, la solidarité entre les pays développés et en développement doit être renforcée. Alors que l’ONU estime à 56 milliards les financements publics pour le climat fournis en 2017, les pays n’ont en réalité fait que la moitié du chemin pour atteindre les 100 milliards de dollars promis à Copenhague d’ici à 2020. Il s’agit donc pour les pays les plus riches d’augmenter leurs efforts, notamment en préparant des promesses ambitieuses de financements pour le Fonds Vert pour le climat, un canal privilégié pour débourser les soutiens financiers aux pays et populations qui en ont le plus besoin.

Etre un champion du climat, dans tout ça ?

Enfin, alors qu’une petite trentaine de chefs d’États et de gouvernement prennent aujourd’hui la parole à la tribune de la CCNUCC, les pays, au premier rang desquels la France, doivent plus que jamais questionner la notion de leadership climatique. En pleine phase de mise en œuvre de l’accord de Paris, il est évident que les discours prononcés aujourd’hui ne seront pas suffisants pour répondre au décrochage des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Au contraire, un leadership crédible impose d’adopter des mesures structurantes aux échelles nationales, dans tous les secteurs, pour se donner les moyens d’accélérer une transition énergétique ambitieuse et juste pour tous.

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