Plus (du tout) de temps à perdre

Deux ans après la COP21, les gouvernements réunis à Bonn doivent avancer dans la définition de règles de mise en œuvre équitables et solides pour l’Accord de Paris, afin qu’elles soient finalisées d’ici à 2018 comme convenu par les États.

© Grzegorz Broniatowski / Greenpeace
© Grzegorz Broniatowski / Greenpeace

L’enjeu de la COP23 est notamment de définir des périodes d’engagement de cinq ans communes pour tous les pays, et des cycles de révision de l’ambition calés sur le même rythme ; les États seraient ainsi amenés régulièrement à devoir faire le bilan de leur action, se fixer de nouveaux objectifs (y compris pour le développement des énergies renouvelables et pour d’autres secteurs clefs) et à mettre à niveau leurs politiques climatiques au regard de l’horizon 1,5°C/2°C. L’enjeu est également d’assurer une mise en œuvre la plus transparente possible de l’Accord de Paris et de rendre ainsi les Etats redevables des actions engagées (ou pas) dans ce cadre.

Organiser le « dialogue de facilitation »

Par ailleurs, la COP23 doit organiser le “dialogue de facilitation” qui aura lieu tout au long de l’année 2018. Il prendra la forme de différentes rencontres régionales et échéances internationales et est censé faire un premier bilan de l’action des pays dans la lutte contre les changements climatiques. Dans un contexte où les contributions mises sur la table par les pays à l’occasion de la COP21 fixent la trajectoire de réchauffement global à plus de 3°C, ce “dialogue de facilitation” ne peut pas seulement être un moment de bilan. Il doit être conçu pour répondre à l’impératif absolu de revoir à la hausse de leurs contributions nationales dès avant 2020.

La France, qui n’a cessé de célébrer « l’esprit de Paris », endosse une responsabilité particulière dans ce contexte. Cela passe par le fait de jouer et de permettre à l’Union Européenne de jouer un rôle moteur dans les négociations internationales, mais cela passe aussi et surtout dans la mise en œuvre de politiques régionales et nationales cohérentes. Or, force est de constater que nous n’y sommes pas du tout. La France freine les ambitions de l’Union européenne en termes de développement des énergies renouvelables, pour protéger une industrie nucléaire dangereuse, coûteuse et à bout de souffle et alors que le développement des énergies renouvelables sont indispensables pour permettre la sortie du charbon au niveau européen. Pour un pays qui cherche à se positionner comme leader climatique, avouez que c’est ironique. Par ailleurs, au niveau national, la France est très en retard sur la transition énergétique. Le développement des énergies renouvelables est complètement bloqué par la prépondérance du nucléaire dans la production d’électricité. Au lendemain de l’ouverture de la COP23, Nicolas Hulot a remis en question la loi de Transition énergétique en reportant l’échéance de 2025 pour ramener la part du nucléaire à 50% dans le mix électrique français, sous prétexte de chercher à éviter une hausse des émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement français a tout faux : ce n’est pas en reculant sur le nucléaire que la lutte contre les dérèglements climatiques s’accélèrera. C’est justement les défaillances du nucléaire, avec l’accumulation des dégradations sur les réacteurs et la mise à l’arrêt fréquente et subie de nombreuses unités, qui contraignent la France à consommer du charbon mais aussi à en importer, notamment en provenance d’Allemagne. Pour répondre à la demande et pour réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre dans la production d’électricité, c’est d’énergies renouvelables dont la France a besoin ! Or, ces dernières ne peuvent se développer que si la part du nucléaire est réduite dans le mix électrique français…

Article rédigé par Sarah Fayolle, Chargée de campagne Climat à Greenpeace France

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