À la COP23, la deuxième semaine s’annonce décisive

Pendant la première semaine à Bonn, les négociateurs ont repris les discussions dans une atmosphère plutôt constructive. Mais les progrès timides ne seront pas suffisants pour faire face à l’urgence d’agir pour lutter contre les changements climatiques.

La seconde semaine des négociations qui s’ouvre aujourd’hui doit impérativement permettre aux pays de passer à la vitesse supérieure, avant l’arrivée des ministres et d’une vingtaine de chefs d’Etats et de gouvernement mercredi. Ils devront envoyer un signal politique clair : celui de l’urgence d’accélérer la transition (avant 2020 et au delà) et d’amplifier la solidarité envers la populations qui subissent les plus forts impacts des changements climatiques.

L’esprit de « Talanoa » préservé

Durant la première semaine, l’ensemble des pays se sont rangés derrière la Présidence fidjienne en soutien au “Dialogue de Talanoa”, ce dialogue participatif et ouvert qui doit permettre de faire le premier bilan des actions en 2018 et de préparer un renforcement des engagements climatiques des pays avant 2020.

Les grands principes d’application de l’accord de Paris se dessinent aussi plus clairement. On commence à voir se préciser le squelette du manuel d’application de l’accord, pour rendre les Etats redevables de leurs actions, leurs promesses transparentes et comparables et pour créer un “mécanisme” qui permette d’augmenter les engagements de manière régulière au cours du temps.

La délégation des Etats-Unis n’a pas non plus fait de vagues pendant la première semaine de négociations. Elle est restée discrète, alors que les acteurs non-étatiques américains présents à la COP ont démontré que la lutte contre les dérèglements climatiques continue sur le territoire national, en rappelant “We are still in”. Plusieurs Etats américains ont d’ailleurs annoncé être en passe d’atteindre les objectifs de réductions d’émissions de gaz à effet de serre promis par les Etats-Unis dans le cadre de l’accord de Paris.

Dans les jours qui viennent, l’enjeu sera de graver dans le marbre la volonté des pays de faire du Dialogue de Talanoa un moment pour mettre l’agenda climatique au plus haut niveau tout au long de l’année et pour accélérer la mise en oeuvre des politiques climatiques avant 2020 et au-delà. Les pays devront aussi préciser quelle feuille de route ils se donnent pour aboutir à un résultat ambitieux en 2018.

Dépasser les jeux de posture

Mais les négociations ont aussi fait émergé des points de tensions, notamment entre les pays développés et les pays en développement.

La question des actions climatiques avant 2020 a fait en particulier l’objet de discussions houleuses, autour de la possibilité de créer un espace spécifique dans les négociations pour prendre cette question en compte. La proposition a reçu un accueil très sceptique des pays développés et aucun compromis n’a pour l’instant été trouvé. Pourtant, cette question est légitime car les pays doivent accélérer leurs actions dès maintenant s’ils veulent se donner une chance de maintenir le réchauffement global sous la barre des 2°C.

La solidarité entre pays du Nord et du Sud ont aussi fait parti des points les plus durs des négociations. Des positions clivantes ont émergé, par exemple sur comment financer les pertes & dommages, ou sur la place à donner au Fonds pour l’adaptation dans le nouveau régime climatique, au risque de créer un sentiment de frustration chez les pays en développement  et de bloquer les discussions. Les pays riches n’ont pas encore non plus démontré comment ils comptaient tenir la promesse des 100 milliards de dollars d’ici à 2020, alors qu’ils sont encore loin du compte.

La seconde semaine  de négociations devra permettre de dépasser ces jeux de postures et de trouver des terrains d’ententes sur ces questions : il est crucial que cette COP prenne réellement en considération l’urgence d’agir avant 2020 et la solidarité envers les populations victimes des impacts des changements climatiques.

En semaine 2, les chefs d’Etats ne devront pas rater le coche

Les discussions vont devenir très politiques durant la 2e semaine. Les ministres ne devront pas rater le coche : ils doivent à la fois renforcer les avancées de la première semaine et résoudre les points de blocage, tout en envoyant des signaux politiques forts.

A ce titre, le déplacement du Président Macron à la COP23 est très attendu et bienvenu : la COP doit rester un moment de discussions politiques de haut niveau. Il sera un des premiers chefs d’Etats à parler à la tribune, après Angela Merkel. Mais le Président ne pourra pas arriver les mains vides : son discours devra démontrer concrètement comment la France compte contribuer à accélérer la dynamique internationale et articuler cette ambition avec des politiques nationales cohérentes.

Pour être un vrai leader des questions climatiques, la France devrait faire des propositions pour rehausser l’ambition de l’Union européenne, pour amplifier la solidarité internationale (en amplifiant ses financements pour l’adaptation) et pour accélérer la transition énergétique à l’échelle nationale, après le revers sur le nucléaire de la semaine dernière.

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