Comment trouver des milliards pour financer la transition écologique en Europe ?
Tour d’horizon des solutions pour un budget européen avec de nouveaux financements pour le climat, la nature et la transition juste.

Nouvel emprunt commun, taux d’intérêt réduits pour les projets verts, taxe européenne sur les bénéfices de l’industrie fossile, meilleure utilisation des recettes du marché carbone, élimination des subventions allouées aux fossiles… Tour d’horizon des options à défendre pour financer la transition en Europe dans la dernière ligne droite de la négociation budgétaire européenne.
Alors que les négociations du prochain Cadre financier pluriannuel européen (CFP) pourraient se finaliser d’ici la fin 2026 avec des discussions décisives lors des Conseils européens du 15 et 16 octobre et des 17 et 18 décembre, quelles solutions possibles pourraient permettre de sortir de l’impasse et de débloquer de nouveaux financements pour le climat, la nature et la transition juste en Europe ?
Le budget européen est une manne financière cruciale pour la transition écologique.
On peut citer le financement de l’électrification avec le Mécanisme pour l’interconnexion européenne, des technologies propres grâce au programme Horizon Europe, de la biodiversité grâce au programme Life, des territoires fragilisés grâce au Fonds de transition juste. Au total 660 milliards d’euros sont dédiés à la transition écologique au niveau européen dans la programmation budgétaire actuelle (2021-2027). Le plan de relance NextGenerationEU mis en place pour faire face aux conséquences de la pandémie de Covid-19 a permis de doubler les montants publics dédiés au climat et à la biodiversité, grâce à la mise en place pour la première fois dans l’UE d’un emprunt commun avec des montants significatifs dédiés au climat 37% de la Facilité pour la reprise et la résilience). L’UE a mis en place des dispositifs de financements innovants, comme les recettes du marché carbone devant être allouées à l’action climatique et la décarbonation de l’industrie, ou les différents instruments de la Banque européenne d’investissement (BEI).
La situation de sous-investissement dans la lutte contre le réchauffement climatique est chronique et de taille vu les défis qui se présentent à l’Europe.
Mario Draghi l’a souligné dans son rapport sur la compétitivité européenne dans lequel il estime que plus de 300 milliards d’euros par an sont requis pour le secteur de l’énergie et la production d’électricité bas-carbone. L’Agence européenne de l’environnement estime un déficit annuel d’investissement dans la lutte contre le changement climatique de 742 milliards d’euros pour mettre en œuvre les objectifs du Pacte vert. L’investissement dans les transformations vertes, bien que chères, coûte moins cher que le financement des coûts induits par l’inaction climatique. Nous en avons été malheureusement témoins cet été, si dévastateur pour les pays européens. En France, les incendies de l’été 2026 auront à eux seuls coûté 500 millions d’euros
Une partie encore substantielle des budgets nationaux, et une moindre partie du budget européen, subventionne les énergies fossiles et des projets néfastes pour la biodiversité.
Dans son rapport sur les progrès climatiques de l’Union européenne, le Conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique (ESABCC) estime que les subventions accordées aux énergies fossiles s’élèvent à environ 50 milliards d’euros par an au niveau européen, principalement issues des budgets nationaux. Au sein du budget européen, des enveloppes servent encore au financement d’infrastructures fossiles qui créent des logiques de verrouillage fossile (“lock-in”). La Politique agricole commune (PAC) finance massivement des projets néfastes pour la biodiversité.
L’Europe dépense encore près de 400 milliards d’euros chaque année pour ses importations de combustibles fossiles.
Depuis le début des attaques américaines et israéliennes contre l’Iran en 2026, la facture d’importation de combustibles fossiles de l’UE a bondi de 22 milliards d’euros en seulement 44 jours, a ainsi regretté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en mi-avril 2026.
Les négociations à Bruxelles du prochain CFP sont difficiles, pour ne pas dire bloquées.
Les pays européens doivent notamment tomber d’accord à l’unanimité sur la création de nouvelles ressources propres pour augmenter les recettes du budget et rembourser l’emprunt contracté pour le plan de relance. Des majorités doivent également être trouvées concernant le fléchage des différentes enveloppes de ce prochain budget que la Commission européenne a proposé de fixer à 2000 milliards d’euros pour la période 2028-2034. Pour le moment, aucun accord n’a été trouvé parmi les pays sur de nouvelles ressources propres. Les pays “frugaux”, c’est-à-dire l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche, la Finlande, la Suède, les Pays-Bas, ont même appelé à couper de plusieurs centaines de milliards d’euros le budget proposé, tout en appelant à la “modernisation” de l’UE
Le budget européen prend d’autant plus d’importance que les gouvernements cherchent à réduire les dépenses nationales pour limiter les déficits, dans un contexte d’augmentation des taux d’intérêt.
En France, le Fonds vert, l’un des principaux outils de financement de la transition écologique des collectivités, a été divisé par trois depuis sa création, passant de 2,5 milliards annoncés pour 2024 à seulement 850 millions d’euros dans le budget 2026. Cette pression sur l’argent public s’accompagne d’une augmentation du prix de l’essence et du gaz pour les ménages et les entreprises. La France et l’Europe paient très cher leur dépendance aux énergies fossiles : la guerre en Iran avec ses répercussions dans le détroit d’Ormuz, qui s’ajoute à la crise énergétique de 2022 provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, contribue à augmenter les prix de l’essence et du gaz pour les ménages, encore prisonniers des énergies fossiles. Dans le même temps, les industries fossiles engrangent des bénéfices exceptionnels.
Une étude de T&E estime que huit compagnies pétrolières (Shell, BP, TotalEnergies, Eni, Orlen, Repsol, OMV, Moeve) ont réalisé au moins 7,5 milliards d’euros de profits exceptionnels en Europe au premier semestre 202610. La major française TotalEnergies a enregistré au moins 11,4 milliards d’euros de profits au premier semestre 2026, un bilan en hausse de 47% par rapport à la même période par rapport à la même période en 2025.
Au-delà des solutions proposées qui concernent le Cadre financier pluriannuel, le financement de la transition écologique impose la réorientation de la finance privée.
Différents leviers peuvent être exploités pour changer les pratiques des banques, investisseurs et assureurs européens qui soutiennent toujours massivement les activités les plus polluantes et insuffisamment les solutions (obligation d’adoption et de mise en œuvre de plans de transition, restriction du financement d’activités spécifiques..). Ce faisant, il s’agit de mobiliser une épargne des Européens qui atteignait un total de 39 482 milliards d’euros en 2024 au service de la transition. La politique monétaire européenne n’est pour le moment pas utilisée comme un levier pour faciliter le financement privé des projets de technologie verte et d’électrification.
Le Réseau Action Climat a préparé un tour d’horizon des solutions qui pourraient être mises en place au niveau européen pour faciliter le financement de projets qui contribuent à la neutralité climatique et qui protègent la biodiversité dans l’Union européenne.



-
-
-
Suivez les actualités du réseau
Abonnez-vous à la newsletter du Réseau Action Climat.