« Climat : la France parle vert, agit gris »
En réponse à une tribune du président Emmanuel Macron dans Les Echos, 14 organisations engagées contre le changement climatique dénoncent dans cette tribune le décalage entre les paroles et les actes de la France.

Malgré les discours et les déclarations d’intentions, en particulier la réaffirmation bienvenue de l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050, la France décroche de la trajectoire compatible avec ses engagements climatiques. Dans une tribune publiée vendredi, le président Macron faisait mine d’appeler à « redoubler d’efforts » sur le climat. Or, dans le même temps, ses gouvernements successifs accumulent les reculs sur les politiques publiques de transition écologique et les budgets pour les mettre en œuvre. Le problème n’est pas l’objectif affiché, mais l’écart croissant entre les discours et les actes.
Derrière les annonces, la France décroche
Contrairement à ce qu’affirme le Président, la France n’est pas sur les rails de l’Accord de Paris. Si les émissions de gaz à effet de serre ont effectivement diminué ces dernières années, le Haut Conseil pour le Climat (HCC) établit qu’une grande partie de cette baisse est due à des effets conjoncturels et à une baisse d’activité, et non pas les fruits d’une action climatique ambitieuse impulsée par l’État.
En 2024, les émissions de gaz à effet de serre françaises ont diminué de seulement 1,8 %, bien en-dessous de l’objectif de 5 % en moyenne par an. Les premières estimations pour 2025 font état d’une baisse de moins de 1 % des émissions. Ce décrochage n’est pas une fatalité : il est le résultat de choix politiques assumés.
Engager la sortie des fossiles et l’essor des renouvelables
Le président appelle à sortir des énergies fossiles, pourtant celles-ci continuent de représenter presque 60 % de l’énergie utilisée en France. À titre d’exemple, la consommation de produits pétroliers pour les transports n’a diminué que de 8 % depuis 2017, ce qui est largement insuffisant. Si, la consommation de gaz fossile a fortement diminué ces dernières années, c’est au prix d’une importante précarité énergétique. En parallèle, la France freine les cibles européennes de déploiement des énergies renouvelables post 2030, tandis que les députés du parti présidentiel ont voté la suppression des obligations pesant sur les multinationales. À l’heure où des actions concrètes sont attendues, les pouvoirs publics suppriment les règles et n’écoutent plus les experts.
Cette dépendance maintenue aux énergies fossiles pèse d’abord sur les plus précaires d’entre nous. Suite à la crise des prix de l’énergie de 2022, les sanctions pour factures impayées ont plus que doublé, conduisant 11,5 % des Français à ne plus chauffer leur logement pour des raisons financières en 2024.
Affronter les coûts dès maintenant pour éviter la facture du futur
Écouter réellement les scientifiques conduirait à accepter que financer la transition est bénéfique pour les finances publiques et l’économie. La finance publique comme la finance privée ont leur rôle à jouer. Pourtant, les budgets des politiques de rénovation ou de mobilité propre ont fortement chuté ces dernières années, et les modalités de soutien ont changé de nombreuses fois, au détriment de leur accessibilité pour les publics les plus précaires.
À l’international, la France doit financer la transition, par des financements publics, sous forme de dons et non de prêts afin de soutenir les populations les plus vulnérables sans aggraver la crise de la dette des pays du Sud, les plus vulnérables aux changements climatiques.
De même, les gouvernements successifs ont refusé d’établir des règles claires permettant de rediriger les flux financiers privés vers les secteurs nécessaires à la transition. À nouveau, la France doit être moteur de la réglementation climatique. Jusqu’à présent, et notamment avec la directive européenne sur le devoir de vigilance, le Président Macron a tout fait pour donner une carte blanche à la finance.
Écouter la science ne consiste pas à la citer dans des tribunes, mais à transformer nos politiques publiques à la hauteur de l’urgence.
Signataires
Morgane Creach, Directrice Générale du Réseau Action Climat
Gilliane Le Gallic, Présidente de Alofa Tuvalu
Fanny Petitbon, Responsable France 350.org
Bastien Faure, Directeur Général de Zero Waste France
Véronique Moreira, Présidente de WECF France
Lucie Pinson, Fondatrice et Directrice exécutive de Reclaim Finance
Jérémie Suissa, Délégué général de Notre Affaire à Tous
Cécile Duflot, Directrice Générale, Oxfam France
Antoine Gatet, Président de France Nature Environnement
Virginie Amieux, Présidente du CCFD-Terre solidaire
Marie Cohuet et Laura Thieblemont, Co-présidentes, Amis de la Terre France
Laurence Veyne, Directrice Générale par Intérim, Greenpeace France
Zoé Pélegry, porte-parole d’Alternatiba
Chloé Liboureau, Présidente du RESES.
-
-
-
-
Suivez les actualités du réseau
Abonnez-vous à la newsletter du Réseau Action Climat.