Avis de recherche : la fin des ventes de véhicules roulant au diesel et à l’essence

Le Président de la République s’était engagé, en tant que candidat aux élections présidentielles, à mettre fin à la vente de véhicules roulant à l’essence et au diesel.

Le Président de la République s’était engagé, en tant que candidat aux élections présidentielles, à mettre fin à la vente de véhicules roulant à l’essence et au diesel.  En juillet 2017, en dévoilant le plan climat du gouvernement, Nicolas Hulot fixait à 2040 la fin de la commercialisation de ces véhicules.

L’avant-projet de la loi sur les mobilités du 25 mai 2018 comportait un article fixant à 2040 la fin des véhicules émettant des gaz à effet de serre. Aujourd’hui, l’article traduisant cet engagement a disparu du projet de loi transmis au Conseil d’Etat. 

Un engagement crédible est un engagement fixé dans la loi. C’est pourquoi l’interdiction des ventes de véhicules diesel et essence doit être inscrit dans le texte sur les mobilités à un horizon de temps compatible avec accord de Paris. Plus précisément, le cap doit être établi à un horizon 2030 pour se donner le plus de chances de limiter le réchauffement de la planète au plus près de 1,5°C.

Sans ce signal clair, l’accélération de la transition n’aura pas lieu et l’offre automobile restera inadaptée à l’urgence climatique et sanitaire liée à la pollution de l’air, à la hausse des taxes sur le carburant et incohérente avec la mise en place des zones à faibles émissions qui préfigurent l’arrêt de la circulation des véhicules diesel et à l’essence.

L’engagement de mettre un terme à la vente de véhicules roulant à l’essence et au diesel est l’une des mesures nécessaires pour sortir de notre dépendance au pétrole et de notre vulnérabilité à la variation de ses prix. Atteindre cet objectif suppose de revoir la place de la voiture dans notre système de mobilité et pour les constructeurs automobiles, de repenser le type de véhicules vendus pour privilégier des modèles sobres et plus légers.

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UNE OFFRE INADAPTÉE : UN OBJECTIF IMPÉRATIF

La réduction drastique de la pollution de l’air et des émissions de CO2 ne pourra pas se faire en maintenant la vente de véhicules essence et diesel. Le GIEC a fixé un cap pour la sortie des énergies fossiles. Et toutes les études montrent qu’une transition sans précédent et accélérée vers les motorisations et carburants alternatifs est nécessaire pour réduire drastiquement les émissions de polluants et de CO2 en plus d’un changement des usages et des moyens de transports. Evidemment, ces carburants doivent être d’origine renouvelable (comme l’électricité renouvelable ou le biogaz) et ne pas causer d’effet pervers sur l’environnement comme on l’a vu avec les agrocarburants.

De plus, les constructeurs automobiles n’ont pas joué le jeu. En 13 ans, entre 2004 et 2017, la consommation moyenne d’une voiture a diminué d’un litre aux 100 km de 7,4 à 6,2 environ. Ils ont multiplié les offres et les modèles qui ne répondent pas à des besoins : les véhicules mis sur le marché sont de plus en plus lourds et volumineux, et ne sont donc pas plus économes. Les SUV représentent désormais 30% des ventes de véhicules.

Seulement 20 modèles disponibles électriques dans les catalogues des constructeurs, contre plus de 16 000 variantes à moteur thermique (source: UFC Que Choisir). L’offre de véhicules moins polluants est encore trop limitée, les voitures électriques et hybrides représentant seulement 1 % des véhicules proposés (UFC). La voiture électrique ne réalise que 1,16 % de part de marché sur les 8 premiers mois de 2018 selon le CCFA. L’industrie automobile ne peut pas faire fi de l’urgence climatique et de l’urgence sanitaire liée à la pollution de l’air.

Le résultat des négociations européennes s’annonce très insuffisant :  les émissions de CO2 des voitures neuves vont très faiblement diminuer d’ici 2030 (probablement entre -30 et -40% entre 2021 et 2030 ) et une part de 30 à 35% de véhicules à faibles émissions est indiquée mais il s’agit d’une part de « ventes cibles » donc ce n’est pas réellement contraignant… Si la France doit faire tout son possible pour relever l’ambition au niveau européen, elle ne doit plus attendre pour tenir ses engagements en France dans ses politiques publiques nationales.

De nombreux pays s’engagent par ailleurs à mettre fin à la commercialisation des véhicules qui roulent à l’essence et au diesel:

  • Danemark 2030
  • Pays Bas 2030
  • Suède 2030
  • Irlande 2030
  • Inde 2030
  • Royaume-Uni 2040
  • Espagne 2040

Il ne s’agit évidemment pas de remplacer tous les véhicules thermiques conventionnels par d’autres voitures, même électriques… Il est indispensable de repenser le système de mobilité dans son ensemble pour aller vers un changement d’usage et des mobilités alternatives à la voiture individuelle.

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