L’agriculture et le climat à la COP24 : entre piétinements et petits pas, à qui profite le crime ?

A la fois victime et responsable du dérèglement climatique, l’agriculture est un secteur qui a la particularité de reposer sur des terres qui permettent d’absorber des émissions émises dans l’atmosphère.

A la fois victime et responsable du dérèglement climatique, l’agriculture est un secteur qui a la particularité de reposer sur des terres qui permettent d’absorber des émissions émises dans l’atmosphère. Trois enjeux majeurs sont ainsi identifiés dans les négociations : favoriser l’adaptation de l’agriculture pour une plus grande résilience face aux dérèglements climatiques, réduire les émissions des systèmes agricoles et alimentaires qui contribuent à hauteur d’un tiers des émissions mondiales et préserver l’intégrité des écosystèmes et leur capacité à stocker du carbone.

En 2011, à Durban lors de la 17e COP sur le climat, les États décident pour la première fois de mandater l’un des organes de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (le SBSTA, organe scientifique et technique) pour travailler sur les questions agricoles. Pendant six ans, les Etats ne cesseront de s’opposer sur la façon de traiter l’agriculture dans la crise climatique et ne prendront aucune décision majeure permettant de faire évoluer la communauté internationale sur ces questions.

D’un côté les pays du G77 n’ont eu de cesse de dénoncer un manque considérable de support financier de la part des pays les plus riches pour permettre à leurs agriculteur·rice·s de s’adapter. En vertu du principe de responsabilité historique des pays les plus industrialisés dans la crise climatique, la question du financement des impacts sur les pays vulnérables est continuellement au cœur des débats. Tout au long de ces dernières années, la ligne du G77 était claire : aucun autre sujet que l’adaptation des agricultures pour faire face aux conséquences du dérèglement climatique ne sera abordé. La position du G77 cache en réalité de nombreuses ramifications. Le G77 regroupe en effet une grande diversité d’Etats : des moins responsables des émissions de gaz à effet de serre liés à l’agriculture aux Etats les plus émetteurs dans ce secteur[1] (systèmes industrialisés gourmands en intrants chimiques et souvent portés sur l’exportation).

De l’autre côté, les pays les plus industrialisés avec un secteur agricole qui émet beaucoup de gaz à effet de serre font front commun pour que les débats aillent au-delà des questions financières et des questions d’adaptation. Ils veulent avant tout aborder la question de la réduction des émissions dans le secteur agricole des pays émergents qui font partie du G77 (Brésil, Inde, Argentine notamment + Chine sur la plupart des positions). Car depuis le Protocole de Kyoto, les pays historiquement industrialisés doivent mener des politiques de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. L’Accord de Paris présente une nouveauté dans la mesure où ce sont maintenant l’ensemble des Etats qui doivent fournir des efforts (même si ceux-ci sont différenciés entre les pays les plus et les moins responsables). L’objectif des pays industrialisés est donc d’entraîner au maximum les pays émergents qui n’étaient pas concernés par le Protocole de Kyoto sur un alignement de leurs politiques (il faut bien évidemment imaginer derrière les enjeux commerciaux qui s’y cachent et l’uniformisation des contraintes envers les acteurs économiques).

Une chose rassemble en revanche ces deux groupes : la quasi-totalité des Etats qui négocient à la Convention Climat de l’ONU cherche à préserver leur modèle agricole et n’ont pas l’intention de s’engager dans une transition agroécologique paysanne, loin du commerce international.

En novembre 2017 et après six ans de blocages à répétition, les États présents à la COP 23 se sont enfin accordés sur la création d’un programme de travail sur l’agriculture d’une durée de trois ans. Les Etats les plus industrialisés (et les plus riches) ont accepté d’aborder la question des moyens de mise en œuvre pour soutenir les pays les plus vulnérables et le G77 a concédé l’inscription de sujets ayant trait à la réduction des émissions dans le secteur agricole.

Cette semaine s’est tenu le premier atelier  qui semble confirmer la faible volonté des Etats de revoir en profondeur leurs systèmes agricoles et alimentaires et de réorienter leurs politiques publiques en ce sens. Des piétinements qui mettent une nouvelle fois en péril la souveraineté alimentaire des peuples alors que 821 millions de personnes continuent de souffrir de la faim à travers le monde.

[1] En 2014, dix Parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) étaient responsables de 61 % des émissions agricoles (Chine, Inde, Brésil, Union européenne, États-Unis, Australie, Indonésie, Pakistan, Argentine, Éthiopie)

Article rédigé par Anne-Laure Sablé, du CCFD-Terre Solidaire

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